Les organisations de défense des droits humains participant au Forum des ONG, organisé en marge de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (qui se tient à Dakar du 8 au 21 octobre), ainsi que la Coalition africaine pour l’obligation de rendre des comptes et la fin de la guerre au Soudan, condamnent avec la plus grande fermeté les frappes aériennes qui ont visé, le 10 octobre 2026, des sites d’extraction artisanale d’or près d’Al-Uqaydat et du marché d’Al-Ansari, dans le nord-est du Soudan. Selon les témoignages de survivants et de témoins oculaires, ces raids ont entraîné la mort de centaines de mineurs, la destruction des mines et l’effondrement de celles-ci sur les travailleurs qui s’y trouvaient.
Des survivants et des témoins oculaires ont accusé des avions égyptiens d’avoir mené ce bombardement. La coalition estime que ces accusations, conjuguées à l’ampleur des pertes signalées, nécessitent l’ouverture urgente d’une enquête internationale indépendante. Cette enquête devra permettre d’identifier les appareils impliqués, les parties ayant ordonné et exécuté l’attaque, ainsi que les circonstances ayant conduit à un bilan humain aussi lourd. Tout retard ou entrave à l’enquête ne doit en aucun cas conduire à une impunité.
Des photographies et des vidéos témoignent de l’ampleur des destructions. Des témoins ont fait état de morts et de blessés, ainsi que de la fuite d’un grand nombre de mineurs vers les montagnes environnantes, où ils sont confrontés à une pénurie d’eau potable, de nourriture et de fournitures médicales. Les répercussions de l’attaque affectent les familles des personnes tuées ou portées disparues, ainsi que des milliers de Soudanais dont les moyens de subsistance dépendent de l’exploitation minière artisanale.
Les accusations concernant le bombardement d’Al-Oqaydat s’inscrivent dans un contexte de rapports et de témoignages soulevant de sérieuses questions quant au rôle de l’Égypte dans le conflit soudanais. Dès les premiers jours des hostilités en avril 2023, des rapports locaux et des témoignages ont fait état de raids attribués à des avions égyptiens, ciblant selon ces récits des infrastructures civiles et des usines à Khartoum-Nord (Khartoum Bahri).
La coalition appelle les mécanismes africains d’établissement des faits ainsi que la Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations Unies sur le Soudan à enquêter sur ces événements, à identifier les aéronefs et les parties responsables, et à examiner plus largement les interventions égyptiennes dans le conflit.
Le journal The New York Times avait précédemment rapporté, dans une enquête fondée sur des images satellites, des registres de vol, des vidéos et des entretiens avec des responsables, que des drones militaires de pointe avaient décollé de la base de Sharq El Owainat, dans le sud de l’Égypte, pour mener des frappes à l’intérieur du Soudan. L’enquête concluait que l’activité de ces drones indiquait une implication de l’Égypte dans la guerre aux côtés des Forces armées soudanaises. Ces éléments renforcent la nécessité d’enquêter sur l’utilisation du territoire et des installations égyptiennes, sur la nature de toute coordination éventuelle et sur la responsabilité de ces frappes.
La coalition affirme que si le lancement d’attaques depuis le territoire égyptien, ou leur exécution à partir de bases et d’installations égyptiennes, venait à être avéré, cela engagerait la responsabilité des autorités égyptiennes et nécessiterait une enquête ainsi qu’une obligation de rendre des comptes. Il est impératif de mener une enquête indépendante et transparente pour faire la lumière sur la nature de toute coordination ou de tout soutien militaire, et pour déterminer la responsabilité de chaque partie dans les attaques perpétrées au Soudan.
Le bombardement des mineurs, l’effondrement des mines sur ces derniers, la poursuite des recherches pour retrouver les disparus, le bilan des morts et des blessés, ainsi que le déplacement des travailleurs et la perte de leurs moyens de subsistance, font de la situation à Al-Uqaydat une urgence humanitaire nécessitant une intervention immédiate. Il est inadmissible que les zones minières et la frontière soudanaise deviennent des théâtres d’attaques à ciel ouvert, laissant les vies des Soudanais sans protection et privant les victimes ainsi que leurs familles de vérité et de justice.
Les organisations appellent à prendre les mesures suivantes :
- Condamner les raids attribués à l’aviation égyptienne et ouvrir une enquête immédiate, indépendante et impartiale sur l’attaque du 10 octobre contre les sites miniers près d’Al-Uqaydat et le marché d’Al-Ansari, afin d’identifier les aéronefs ainsi que les parties ayant planifié, ordonné ou exécuté l’attaque.
- Charger les mécanismes onusiens et africains d’enquêter sur le rôle de l’Égypte dans les opérations militaires au Soudan, y compris l’utilisation de la base de Sharq El Owainat, de l’espace aérien et des installations égyptiennes, ainsi que toute forme de coordination, de soutien ou de participation aux côtés des Forces armées soudanaises. La coalition appelle également les autorités égyptiennes à fournir des informations et à coopérer pleinement.
- Cesser les attaques lancées depuis le territoire égyptien ou menées à l’aide d’installations égyptiennes pour cibler le Soudan, et s’abstenir de fournir tout soutien militaire ou logistique susceptible de prolonger la guerre ou de mettre en danger les civils.
- Lancer des opérations de sauvetage urgentes pour accéder aux mines effondrées, extraire les personnes bloquées et rechercher les disparus, tout en garantissant l’accès aux équipes de secours et d’ambulance ainsi que le transfert des blessés vers des structures médicales. 5. Fournir une aide immédiate aux survivants et aux personnes déplacées, incluant de l’eau potable, de la nourriture, des médicaments et des soins médicaux, tout en accordant la priorité aux enfants, aux femmes, aux blessés et aux personnes âgées.
- Préserver les preuves de l’attaque et divulguer les informations y afférentes — notamment les registres de vol, les images satellites, les séquences vidéo et les témoignages des survivants — ainsi qu’établir des listes documentées des personnes tuées et disparues afin d’empêcher la dissimulation des preuves.
- Garantir l’obligation de rendre des comptes et la réparation des préjudices pour toute personne dont la responsabilité est établie, indemniser les victimes et leurs familles, et transmettre les éléments de preuve aux autorités judiciaires compétentes.
- Prendre des mesures pour prévenir la répétition de telles attaques et associer les mécanismes africains et internationaux au suivi de l’incident, à la protection des civils et à la préservation du droit à la vie.
La coalition exhorte les autorités égyptiennes à cesser leurs interventions dans le conflit soudanais, à révéler toute participation, tout soutien ou toute facilitation d’opérations militaires au Soudan, et à coopérer avec les enquêtes indépendantes. Elle appelle également les États ainsi que les organisations africaines et internationales à protéger les civils, à traduire les responsables en justice, et à garantir qu’une enquête soit menée sur ces graves accusations afin d’assurer que les auteurs répondent de leurs actes. 1. Coalition africaine pour l’obligation de rendre des comptes et la fin de la guerre au Soudan
- Observatoire africain indépendant pour la protection des civils au Soudan
- Réseau africain de justice pour le Soudan
- Initiative de la Corne de l’Afrique pour la paix et les droits
- Centre du Nil pour la justice transitionnelle
- Ligue africaine de défense des victimes de conflits
- Réseau de la société civile africaine de solidarité avec le Soudan
- Forum africain des droits de l’homme et de lutte contre l’impunité
- Initiative d’Afrique de l’Est pour l’enquête sur les violations au Soudan
- Réseau africain de défense des victimes de guerre
