Avec plus de sept millions de tonnes de céréales produites et un cap du million de tonnes de riz franchi, le Burkina Faso affiche des chiffres qui comptent. La production céréalière provisoire de la campagne 2025-2026 est estimée à 7,14 millions de tonnes, en hausse de plus de 17% sur la campagne précédente et de plus de 37% sur la moyenne des cinq dernières années. Le pays couvre désormais ses besoins céréaliers à plus de 126%.
Ces résultats ne tombent pas du ciel. Ils s’inscrivent dans l’Offensive agropastorale et halieutique lancée en 2023, qui cible huit filières stratégiques, dont le riz et le maïs. Les autorités mettent aussi en avant la sécurisation de zones de production et la réinstallation de populations, qui ont permis d’étendre les superficies emblavées de 9,2%. Près de 592 milliards de francs CFA ont été mobilisés avec les partenaires.
Mais produire ne suffit pas. La souveraineté économique repose sur une chaîne dont les principaux maillons sont la production, la transformation et la consommation. Les autorités le répètent : le pays doit produire, transformer et consommer. Trois maillons d’une même chaîne, qui ne valent que s’ils tiennent ensemble.
Le riz illustre l’enjeu. Les quelque 1,01 million de tonnes annoncées correspondent à du riz paddy, c’est-à-dire non décortiqué. Pour atteindre l’assiette du consommateur, il doit être usiné, étuvé, conditionné. C’est là que se joue la valeur ajoutée, les emplois et la réduction des importations. Une récolte record dont la transformation resterait artisanale ou insuffisante laisserait une partie de la richesse sur le chemin.
D’où l’importance du troisième maillon : la consommation. Consommer local, c’est offrir un débouché stable aux producteurs et aux unités de transformation, et c’est faire de la souveraineté alimentaire un geste quotidien plutôt qu’un slogan. Cela suppose des produits compétitifs en prix et en qualité, une distribution fiable et des habitudes alimentaires qui valorisent les céréales du terroir.
Les défis restent réels. La production dépend des aléas climatiques, la campagne 2025-2026 ayant connu un démarrage tardif des pluies. Les maladies fongiques et les ravageurs menacent les rendements. Le stockage, le transport et le financement des unités de transformation conditionneront la capacité à absorber des volumes en forte hausse. Le Burkina a franchi le cap de la production. Reste à boucler la chaîne, jusque dans l’assiette des citoyens.
Ahmed H.
