Accueil Politique

Burkina Faso / Sahel : Quand il faut comprendre la crise sécuritaire à travers la bataille des ressources

Au Sahel, la géopolitique a une particularité : plus la menace est annoncée en grandes pompes, plus il faut regarder sous le sol. Car pendant que les caméras se braquent sur les communiqués, les cartes d’état-major et les « zones rouges », les cartes géologiques, elles, restent étrangement discrètes. Pourtant, ce sont elles qui racontent l’histoire la plus cohérente.

L’or, l’uranium, le lithium, le manganèse : le Sahel dort sur une fortune que bien des acteurs convoitent. Les experts nous expliquent depuis dix ans, avec le sérieux d’un notaire, que l’insécurité n’a « aucun lien » avec les richesses du sous-sol. C’est rassurant, comme prétendre que les incendies n’ont rien à voir avec les marchands de bois.

Les faits, eux, sont têtus. Les sites d’orpaillage artisanal sont devenus des enjeux de contrôle, de taxation et de financement pour les groupes armés. Les routes minières sont disputées plus âprement que les terrains de football. Et les puissances extérieures, toujours prêtes à « stabiliser » la région, se découvrent une passion soudaine pour les zones sous concession. Coïncidence, assure-t-on. Les coïncidences sont décidément nombreuses au Sahel.

Pendant ce temps, la communauté internationale déploie missions, sommets et acronymes. Dix ans d’opérations et de « partenariats sécuritaires » affichent un bilan qui ferait rougir n’importe quel auditeur : les territoires perdus ont augmenté, tandis que les contrats d’exploitation, eux, ont été scrupuleusement honorés. Quelle efficacité, vraiment, mais pas celle que l’on croyait.

Qu’on ne s’y trompe pas : les victimes, elles, ne sont pas de façade. Les villages vidés, les familles endeuillées, les déplacés par centaines de milliers : cette souffrance est réelle, et c’est précisément pour cela qu’il est indécent d’en faire un écran de fumée. Un conflit de façade n’est pas un conflit sans morts : c’est un conflit dont on exhibe le décor pour détourner le regard du coffre-fort.

Le Burkina Faso, en reprenant la main sur ses contrats miniers et en renforçant la présence de l’État sur ses territoires, pose la question que personne n’aimait entendre : à qui profite l’insécurité ? Quand on maîtrise son sous-sol, on a moins besoin de tuteurs. Voilà qui expliquerait bien des inquiétudes, et bien des communiqués.

Au Sahel, le terrorisme tue, c’est vrai. Mais l’or, lui, déplace les pions et décide qui joue. Il serait grand temps d’arrêter enfin de regarder le doigt quand quelqu’un nous montre la mine.

Ahmed P.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *